L’évolution récente de l’atmosphère et du climat.
Les activités humaines semblent
bien être à l’origine du réchauffement climatique constaté actuellement.
Collecter des données aussi précises que possible sur les changements
climatiques passés est nécessaire pour mettre au point des modèles permettant
de prévoir l’évolution climatique en cours et d’éclairer ainsi les choix qui
devront être faits par les décideurs. Nous allons voir quelles données
permettent d’analyser les changements climatiques « récents »,
c'est-à-dire survenus au cours des dernières centaines de milliers d’années.
I. Les indicateurs des changements climatiques.
A. Des
indicateurs biologiques.
1)
données continentales
Le pollen, élément
servant à la reproduction des plantes à fleurs, est petit, léger, émis en grand
nombre et très résistant à la
décomposition.
Le
carottage des sédiments continentaux permet de retrouver du pollen (le pollen
possède une paroi résistante qui lui permet de se conserver pendant des
milliers d’années, dans les milieux humides, les tourbières) et de le dater.
Un spectre pollinique (étude de la
fréquence de caque type pollinique d’un lieu à une époque donnée) permet de
reconstituer l’association végétale présente à une époque donnée et indicatrice
du climat particulier régnant.
Le diagramme pollinique (succession des
spectres polliniques d’une région) traduit l’évolution, en un lieu, des biomes
au cours du temps.
La
comparaison des pollens fossiles et des pollens actuels permet d’identifier les
végétaux qui se sont succédés au cours du temps dans une région donnée.
En
appliquant le principe de l’actualisme
(en considérant que les espèces d’autrefois avaient les mêmes exigences
climatiques que les espèces actuelles) on peut reconstituer les climats qui se
sont succédés au cours du temps (paléoclimat)
à partir d’espèces indicatrices.
A l’échelle du globe terrestre, les grandes
zones de végétation tendent à se disposer parallèlement aux zones climatiques
et constituent donc des outils pour reconstituer
les paléoclimats : les steppes dominées par les graminées, les plantes herbacées sont indicatrices
d’un climat froid ; les forêts
de feuillus sont liées plutôt aux zones
tempérées ; entre les deux, on trouve les forêts de conifères.
Les
résultats montrent une alternance de
périodes froides assez longues
(dites glaciaires) entrecoupées de
périodes plus chaudes et plus courtes
(dites interglaciaires ou
post-glaciaire pour la période actuelle). Les résultats obtenus en différents
lieux montrent l’étendue planétaire des changements climatiques.
Les
résultats obtenus à partir des pollens confirment ceux obtenus à partir des
glaces (voir cours suivant): les variations
climatiques sont à l’échelle planétaire.
Il existe d’autres indicateurs de T° : les fossiles humains datés au C14 et dont on
peut suivre les migrations, leur art indicateur de leur environnement ;
les grands mammifères de zones froides (mammouth, rhinocéros laineux, rennes…)
et de zones plus tempérées (cerfs, sangliers, éléphants…) On utilise aussi des
données sur les reliefs dus à la présence de glaciers et le dendrochronologie.
2) Organismes marins
a) foraminifères.
Le type de foraminifère ainsi que l’enroulement de certains tests
(coquilles) permet de déterminer la température du milieu où ils vivaient.
b) récifs coralliens : des paléo-thermomètres
Les
chercheurs utilisent les coraux fossiles comme "paléo-thermomètres".
Leur squelette, qui croît d'un centimètre par an en moyenne -et ce, pendant
plusieurs siècles- contient des éléments chimiques (strontium et uranium
notamment) dont la teneur varie en fonction de la température de l'eau.
L'analyse de ces teneurs permet alors de définir, avec une précision de 0,5 °C,
les variations thermiques de la mer tout au long de la croissance du corail.
B.
Etude des calottes glaciaires.
Les glaces polaires se forment à partir de l’accumulation
de neige au cours des années : le principe de superposition s’applique à
leur étude (un carottage permet de remonter le temps).
L’oxygène
présente deux isotopes stables, 18O et 16O présents en
quantités différentes dans l’eau, la glace ou la neige.
On peut mesurer le rapport isotopique de la glace et calculer à partir de ce rapport le δ18O
On peut mesurer le rapport isotopique de la glace et calculer à partir de ce rapport le δ18O
Ce δ18O
renseigne sur la richesse relative en 18O d’un échantillon d’eau ou
de glace par rapport à l’eau des océans actuels prise comme référence. Ce δ18O
est un thermomètre isotopique :
plus il est négatif, plus la température au moment de la formation de
l’échantillon de glace est basse. La relation delta isotopique-température est
linéaire et la droite permet de déterminer la température à partir de la
connaissance du delta isotopique actuel (principe de l’actualisme).
La vapeur
d’eau issue de l’évaporation équatoriale est appauvrie en isotope 18O,
plus lourd. Elle s’appauvrit de plus en plus à la suite des différentes
condensations lors de son trajet en direction des pôles. Ainsi, plus les
latitudes sont élevées et plus la neige est pauvre en 18O. Le δ18O caractéristique sera d’autant plus grand dans l’eau et faible dans la glace en valeur absolue que le climat est froid.
Relation entre refroidissement et diminution du δ18O des
précipitations en un lieu donné (thermomètre isotopique).
Le refroidissement en période glaciaire a
été global, mais il a été plus important aux hautes latitudes qu'aux basses.
L'appauvrissement en vapeur et en H2 18O des nuages lors
de leur transport a été plus intense, car avec des températures plus basses on
condense plus de vapeur, et donc il en reste moins pour les précipitations
suivantes. Pour un site donné, ce refroidissement conduit donc a une diminution
du δ18O des précipitations.
Relation entre volume de glaces polaires et δ18O des océans.
La glace des calottes polaires est donc
toujours appauvrie en H2 18O de 30 à 40 ‰ (δ18O
~ -40 ‰ = -4 %) environ par rapport à l'eau des océans (avec de
petites variations selon la température. Comme la quantité totale de H2
18O (océans + calottes) est constante, plus les calottes sont volumineuses
(à δ18O constant), plus l'eau de mer est, par différence, concentrée
en H2 18O. Au final, le volume des calottes et le δ18O
de la mer varient donc dans le même sens, proportionnellement.
La
connaissance de ce delta des glaces a permis d’établir que des cycles climatiques se sont succédés
depuis quelques milliers d’années, chaque cycle durant approximativement 100
000 ans.
Un cycle
climatique comprend une phase de
refroidissement lente et irrégulière qui peut durer environ 90 000 ans
(dite période glaciaire) et une période de réchauffement rapide qui
peut durer environ 10 000 ans (dite interglaciaire).
L’analyse
précise montre 4 périodicités :
un cycle de 100 000 ans qui rythme les maxima glaciaires entre lesquels s’insèrent
des périodes de 43 000 ; 24 000 et 19 000 ans.
Les
résultats observés au niveau des deux pôles sont comparables, ce qui semble
confirmer que ces changements climatiques sont globaux.
Remarque : Les
foraminifères sont aussi une ressource pour connaître le delta 18O
de l’océan
Le δ18O des carbonates des tests de Foraminifères benthiques
(vivant sur le fond) varie dans le même sens que celui de l’eau de mer actuelle.
Les
Foraminifères contenus dans les carottes de sédiments marins permettent
d’estimer le volume des glaces depuis environ 1Ma : il a varié de
25millions de km3 dans les périodes interglaciaires, à plus de 65 millions de
km3 lors des périodes glaciaires et permettre l’abaissement du niveau marin de
plus de 100m.
II.
Quelques paramètres à l’origine de ces variations
climatiques :
A.
L’effet
de serre :
On appelle gaz à effet de serre tout gaz atmosphérique
ayant la propriété d’intercepter les rayonnements infrarouges émis par la
surface terrestre et donc de les empêcher
de repartir vers l’espace. Aux gaz présents « naturellement »
dans l’atmosphère (vapeur d’eau, dioxyde de carbone, méthane, protoxyde
d’azote, ozone) s’ajoutent des gaz introduits « artificiellement »
par les activités humaines : il s’agit en particulier des halocarbures,
molécule carbonée contenant un gaz halogène comme les CFC par exemple.
Cet effet
de serre aura tendance à réchauffer la surface de la Terre et la basse
atmosphère (troposphère).
B.
L’albédo :
L’albédo est le rapport entre l’énergie
solaire réfléchie par une surface et l’énergie solaire incidente. Par
définition, l’albédo est une valeur comprise entre 0 et 1 (on peut également
l’exprimer en pourcentage).
Plus
l’albédo est élevé, plus le rayonnement solaire est réfléchi et moins il
réchauffe le sol et l’atmosphère. Actuellement, 30% environ de l’énergie
solaire arrivant sur notre planète est réfléchie vers l’espace.
Cet albédo est un phénomène qui tend au
refroidissement de la surface du globe terrestre et de la basse atmosphère.
III. Combinaison albédo et effet de serre : un mélange subtile pour expliquer les variations climatiques :
Nous avons vu le
principe de l’effet de serre et celui de l’albédo, ces deux phénomènes
s’opposent au niveau climatique : l’un permet le réchauffement climatique,
l’autre le refroidissement climatique. De plus il y a une amplification de leur action au cours du temps.
En effet, en période glaciaire, la
glace couvre une grande partie des continents, celle-ci a un fort albédo ce qui
entraîne une perte d’énergie (la majeure partie de l’énergie solaire incidente
est renvoyée dans l’espace sans que celle-ci n’est échauffé le sol.),
ceci-entraînera une baisse des températures qui engendrera une augmentation de
la surface terrestre recouverte par la glace et donc un albédo encore plus
important sur la surface globale de la planète…
A l’inverse, un réchauffement
provoque la fonte des glaces polaires, cette fonte découvre une surface plus
sombre (la mer ou le sol) ayant un plus faible albédo. L’énergie solaire
réfléchie étant moindre, le sol ou l’eau se réchauffent, ce qui accélère
d’autant la fonte des glaces et diminue encore l’albédo…
Un phénomène pouvant abaisser
l’albédo de la surface du globe terrestre par réchauffement climatique est bien
sûr l’effet de serre.
Cet effet de serre a un impact de
plus en plus important sur le climat global.
La concentration atmosphérique en CO2
est soumise à des influences multiples. Elle est un bon exemple de la
complexité des phénomènes en cause.
Outre les sources naturelles de CO2
(volcanisme, respiration et fermentation biologiques…), les sources
anthropiques de CO2 (déforestation, utilisation combustibles
fossiles…) on tendance à augmenter sa concentration atmosphérique. Les
« puits » de CO2 ont un effet inverse (ex : végétaux
chlorophylliens captant CO2, océans…) ; jusqu’à une époque ces
flux de CO2 atmosphériques entrant et sortants étaient équilibrés,
aujourd’hui ils sont perturbés par l’activité humaine.

Depuis la fin du XIXème siècle, la
concentration en gaz à effet de serre augmente et cette augmentation s’accélère
depuis les années 1970. En effet, les teneurs actuelles en CO2, CH4
et N2O n’ont jamais été aussi fortes depuis 800000 ans.
Parallèlement on mesure une augmentation mondiale moyenne de la température de +0.5°C
environ. Cette simultanéité entre industrialisation croissante, augmentation de
la concentration des gaz à effet de serre et réchauffement climatique plaide en
faveur d’une origine essentiellement anthropique pour expliquer cette augmentation
de la température (mais bien sûr d’autres sources de CO2
enrichissent l’atmosphère).
L’Homme devra donc agir de manière
raisonnée pour éviter de grandes perturbations climatiques. Différents scénarii
sont proposés (voir TP)
Remarque : albédo et effet de
serre ont un impact aussi bien local (nuages, volcanisme...) que global.
IV.
D’autres paramètres à
l’origine des variations climatiques :
Les variations cycliques
des paramètres orbitaux de la Terre
Les changements des paramètres orbitaux au cours du temps
entraînent des variations rythmiques de
l’insolation reçue par la Terre qui sont à l’origine de l’alternance des
phases glaciaires et interglaciaires durant les 700 000 dernières années.
Les paramètres orbitaux varient avec
une périodicité différente : 100
000 ans pour l’excentricité (une
excentricité nulle correspond à une période glaciaire, une excentricité maximale à une période interglaciaire, car marquée par des
saisons plus contrastées), 41 000 ans pour l’obliquité et 23 000 ans
pour la précession des équinoxes.
Si l’insolation reçue par la Terre diminue, la neige tombée en hiver
au niveau des hautes latitudes de l’hémisphère Nord, ne fond plus complètement
l’été et commence à s’accumuler : c’est le début d’une période glaciaire.
Le refroidissement d’origine astronomique entraîne une extension des
glaces continentales et par suite une augmentation
de l’albédo ; la planète réfléchit davantage le rayonnement solaire,
en absorbe moins, ce qui amplifie le
refroidissement.
Le réchauffement a des effets
inverses.
Le refroidissement d’origine astronomique entraîne un refroidissement des eaux de surface
océaniques et par suite une baisse de la
teneur en CO2 de l’atmosphère (plus grande solubilité dans l’eau
froide) d’où une baisse de l’effet de
serre qui amplifie le
refroidissement.
Le réchauffement a des effets
inverses.
Les changements climatiques des 700 000 dernières années sont initiés par
les variations de l’insolation dues aux paramètres orbitaux et amplifiés par
l’albédo et l’effet de serre.
Résumé : en période glaciaire, la T° est basse (o) parce que l’énergie solaire incidente
est faible (1) et que l’albédo est forte (2) ; la teneur en CO2
légèrement plus faible et le T° moyenne peu élevée ne permettent qu’un faible
développement de la biomasse continentale et marine qui fixe peu de CO2
(3) et (4), ce qui conduit à une augmentation relative de la teneur en CO2
de l’atmosphère(5) ; cette augmentation est responsable d’une
augmentation de l’effet de serre (6) qui modère alors la baisse de T° de cette
période glaciaire (7)
d'après Didier, p 26
Dans ce modèle, deux paramètres principaux interviennent: l'énergie solaire incidente et la teneur en CO2 de l'atmosphère.
V. Les prévisions climatologiques pour les siècles à venir
Les
enjeux environnementaux, économiques et de société liés à la connaissance des
climats futurs sont colossaux. L’identification des paramètres qui
contrôlent le climat de la Terre tout au long de son histoire est essentielle
pour construire des modèles climatologiques du passé ou prévisionnels.
L’ensemble
des études climatologiques réalisées sur le
Quaternaire ou sur des périodes plus grandes et plus reculées montre
l’importance du taux de CO2 sur le climat.
Les prévisions
climatiques doivent donc prendre en compte :
- la variation naturelle du climat à grande
échelle temporelle, avec l’entrée, il y a depuis 20 millions d’années, dans
une période de refroidissement amorcée avec l’installation de la calotte
Antarctique.
- et l’activité humaine, à très petite échelle
temporelle, avec notamment :
o les rejets de CO2 liés à la
combustion d’énergie fossile (charbon, pétrole) et de bois
o la fabrication de ciment entre autres, à
partir de calcaire et donc la libération dans l’atmosphère de CO2
o la déforestation qui limite
l’absorption du CO2 par photosynthèse.
Cette libération
brutale de CO2 atmosphérique supplémentaire serait à l’origine d’une
élévation de température de 0.6°C depuis 1850, époque des débuts de la
révolution industrielle et des premières utilisations de combustibles fossiles.
Les
scénarii d’évolution de la température moyenne du climat suggèrent un
réchauffement de l’ordre de 2 à 5°C au cours du XXI siècle qui se superposerait
donc à un refroidissement naturel amorcé il y a 20 millions d’années.







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